Les Arbres...


Par Simon du Chastel : Le premier arbre qui recouvrit une partie de la terre nous est toujours présent, fidèle. A nous de le respecter.

Il n'est pas de conception plus répandue que celle du cosmos vivant symbolisé par un arbre : l'art le plus ancien, les mythes, les légendes des peuples les plus divers l'attestent avec profusion, et cela depuis des millénaires.

L'arbre est à la fois verticalité, la croissance dans le ciel, l'axe de la terre vers l'étoile polaire, la perpétuelle régénérescence, le lieu de passage de la vie à la mort qui produit une nouvelle vie. Il se propage par la graine. Dans les cosmologies, on célèbre ses trois zones cosmiques : les racines, souterraines, poussent vers le bas et se nourrissent des substances très variées de la terre, le tronc est la zone de verticalité, telle celle de l'homme, singe redressé; la ramure est une expansion vers le soleil, le ciel, les nuages gorgés de l'eau qu'elle capte. Cette pensée, dont la base est la circulation vitale entre trois pôles, est le fondement de la Trinité des Chrétiens et de la dialectique de Hegel.

L'arbre est aussi peuplé d'oiseaux qui sont au centre de notre relation terre-ciel, d'insectes et d'animaux, dont le serpent, symbole de fécondité et des guérisseurs, et ce depuis la nuit des temps. C'est pourquoi, lorsqu'on parle de l'arbre, les images utilisées sont celles de l'arbre de vie, de la science du bien et du mal; on parle aussi d'arbre généalogique, d'arbre de Diane, de Saturne, de Jessé, de Noël et plus récemment, d'arbre de la liberté. L'arbre est aussi nourricier, fruitier, et dans les pays exotiques, il est arbre à pain, arbre à lait, à encens, à cire...

La verticalité du tronc de l'arbre fut utilisée pour édifier nos premiers refuges et devint colonne au chapiteau représentant des végétaux, dans l'Égypte qui construisait des temples ressemblant à des lieux rituels tels que la colline, le tumulus, la grotte; l'eau étant souvent à leur source, les pierres limitaient l'espace et, bien sûr, l'arbre de vie était présent. L'arbre crée la forêt et partout où l'humidité règne s'implantent des forêts. Dans le passé, ces forêts avaient une expansion non contrôlée, étaient formées de bois et de sous-bois qui les préservaient et les rendaient impénétrables, comme l'est aujourd'hui la forêt tropicale.

Dans l'imagerie, la forêt joue un double rôle dans toutes les civilisations : elle apparait d'abord comme un lieu de méditation, d'initiation pour les ermites et les moines, un lieu de refuge et de mystère qui crée les contes et légendes : qui n'a présent à l'esprit le Petit Chaperon Rouge, Merlin l'Enchanteur, le Petit Poucet et d'autres personnages des recueils tels celui de Perrault; mais la forêt y est également perçue comme un repaire plein de menaces, car on s'y perdait facilement et autrefois, l'on pouvait tomber aux mains de brigands, de voleurs de grands chemins, avides de rapines et de rançons.
De nos jours, si les brigands ont disparu, le pouvoir de régénérescence des hommes par la forêt demeure intact : il est d'autant souligné que les zones forestières régressent partout. La forêt continue de jouer un rôle essentiel : elle marque les saisons, l'aire des retrouvailles et de l'apaisement car, à travers les rythmes et les cycles de la forêt, l'homme trouve la tranquillité, l'harmonie et réapprend à bien nommer les choses.

De tout temps, la forêt a nourri l'imagination d'artistes qui utilise autant sa "matière-bois" que son esprit.